1. De quoi parle ce texte
La stabilité de la marche est la capacité à faire face aux perturbations pendant que vous marchez. Une perturbation peut être une irrégularité du sol, une bousculade dans la foule ou un faux pas au bord d'un trottoir. Votre marche est stable si vous poursuivez ensuite votre chemin en restant debout.
Ce texte répond à quatre questions :
- Qu'est-ce qui vous maintient debout pendant la marche ?
- Avec quoi mesure-t-on la stabilité de la marche ?
- Qu'apporte l'exposant de Lyapunov, une mesure issue de la recherche sur le mouvement ?
- Qu'est-ce qui améliore la stabilité de la marche ?
Un repère s'impose d'emblée. Pour l'entraînement, il existe de grandes études randomisées [23]. Pour les mesures, le tableau est différent. La vitesse de marche et la variation d'un pas à l'autre sont liées aux chutes dans des études de cohorte [7], [8]. L'exposant de Lyapunov reste à ce jour une mesure de recherche sans valeurs de référence [16].
Ce dossier complète deux autres. Le déroulement d'un bilan de chute est décrit dans Évaluer le risque de chute. Les programmes qui réduisent les chutes sont décrits dans Prévention des chutes.
2. Ce que signifie la stabilité de la marche
Marcher est une suite de presque-chutes contrôlées. À chaque pas, votre corps tombe vers l'avant. La jambe qui avance le rattrape. Le même processus recommence ensuite de l'autre côté.
Votre centre de masse se trouve alors la plupart du temps en dehors de la surface sur laquelle vous vous appuyez. En station debout tranquille, c'est différent. Le centre de masse se situe alors au-dessus de vos pieds. La marche exige donc une commande continue dont la station debout se passe [1].
Dans la recherche, la stabilité de la marche signifie : dans quelle mesure votre schéma de marche revient-il à lui-même après une perturbation [1] ? Une revue de 2013 a comparé les méthodes de mesure alors en usage [1].
2.1 Stabilité et variabilité sont deux grandeurs différentes
Deux notions sont souvent confondues. Elles mesurent des choses différentes.
- La variabilité décrit à quel point vos pas diffèrent les uns des autres. On mesure par exemple la dispersion de la durée du pas sur cent pas.
- La stabilité décrit comment votre corps répond à un écart. On mesure si une perturbation devient plus petite ou plus grande au pas suivant.
La différence a des conséquences pratiques. Une marche très régulière peut malgré tout être sensible aux perturbations. Et une certaine variation fait partie de la marche saine. Elle vous permet de vous adapter à un sol irrégulier.
La revue de 2013 a conclu que deux grandeurs sont les mieux étayées : les mesures de variabilité et l'exposant de Lyapunov à court terme [1]. Pour l'exposant de Lyapunov à long terme et pour plusieurs autres méthodes, le jugement a été défavorable [1].
3. Comment votre corps sécurise la marche
Trois sens fournissent la base. Vos yeux signalent où se trouve le sol. Votre organe de l'équilibre dans l'oreille interne signale la rotation et l'accélération de la tête. Votre sens de la position signale, depuis les articulations, les muscles et les tendons, où se trouvent vos membres.
À partir de ces signaux, votre système nerveux commande surtout une grandeur : l'endroit où se pose le pas suivant. S'y ajoutent la force musculaire de la cheville et de la hanche ainsi que la tenue du tronc.
3.1 Le côté demande une commande active
Vers l'avant et vers l'arrière, la marche se stabilise largement d'elle-même. L'élan du corps vous porte par-dessus le pied d'appui. Sur le côté, cela ne s'applique pas. Le corps y bascule sans commande [2].
Un travail de l'an 2000 l'a montré chez 15 jeunes gens en bonne santé [2]. Les yeux ouverts, la position du pied variait 79 pour cent plus sur le côté que dans le sens de la marche. En marchant les yeux fermés, la variation latérale a augmenté de 53 pour cent, celle dans le sens de la marche de 21 pour cent seulement [2].
Une règle pratique en découle. Qui est instable sur le côté a besoin d'exercices dans le sens latéral. Les pas chassés, les pas croisés et les appuis étroits font donc partie de tout programme d'équilibre.
3.2 La marge de stabilité à chaque pas
Pour la station debout, une règle simple s'applique. Votre centre de masse doit se trouver à la verticale de la surface située entre vos pieds. Pour la marche, cette règle ne suffit pas, car votre corps est en mouvement.
Un travail de 2005 a élargi la règle [3]. À la position du centre de masse s'ajoute sa vitesse. Il en résulte un point imaginaire situé un peu en avant de votre centre de masse réel. La distance entre ce point et le bord de votre surface d'appui s'appelle la marge de stabilité [3].
Qui marche plus vite a besoin d'une surface d'appui plus grande pour conserver la même marge. C'est pourquoi vos pas s'allongent quand vous accélérez. Et c'est pourquoi une poussée latérale est plus dangereuse qu'une poussée par l'arrière. Sur le côté, votre surface d'appui est étroite.
4. Où la marche déraille
Une étude menée dans deux établissements médico-sociaux a filmé et analysé 227 chutes réelles [4]. Les enregistrements proviennent de 130 personnes d'un âge moyen de 78 ans.
- Un transfert de poids incorrect était la cause la plus fréquente : 93 des 227 chutes, soit 41 pour cent [4].
- Le trébuchement suivait avec 48 chutes, soit 21 pour cent [4].
- Le heurt, la perte d'un appui et l'affaissement représentaient chacun environ 11 pour cent [4].
- Le glissement était rare : 6 des 227 chutes, soit 3 pour cent [4].
L'activité la plus fréquente au moment de la chute était la marche vers l'avant, avec 54 des 227 chutes [4]. Venaient ensuite la station debout tranquille avec 29 chutes et le fait de s'asseoir avec 28 chutes [4].
Ces chiffres proviennent d'établissements médico-sociaux. Pour les personnes qui vivent à domicile et sortent, ils ne valent qu'en partie. À l'extérieur, le trébuchement est plus fréquent.
Dans le trébuchement, la garde au sol du pied joue un rôle. Il s'agit de la plus petite distance verticale entre le pied et le sol pendant que la jambe avance. Une revue de douze études n'a trouvé aucune différence d'âge dans la moyenne de cette distance [5]. Ce qui différait, c'était la variation d'un pas à l'autre. Elle était plus grande chez les personnes âgées, et plus grande chez les personnes ayant déjà chuté que chez celles qui n'avaient jamais chuté [5].
Pour vous, cela signifie : ce sont les pas défavorables isolés qui comptent. Votre pas moyen en dit peu.
5. Ce que l'on mesure en pratique
La ligne directrice mondiale de 2022 sur la prévention des chutes recommande une brève évaluation pour toutes les personnes âgées [9]. On demande les chutes de l'année écoulée, le sentiment d'instabilité à la marche et la crainte de tomber [9]. Les mesures viennent ensuite.
5.1 La vitesse de marche est la mesure la plus simple
Il vous faut un parcours rectiligne et un chronomètre. On mesure le temps sur quatre ou dix mètres.
Une analyse de neuf études de cohorte portant sur 34'485 personnes de 65 ans et plus a situé cette valeur [6]. La vitesse de marche moyenne était de 0,92 mètre par seconde. Chaque 0,1 mètre par seconde de marche plus rapide allait de pair avec une mortalité plus basse [6]. Le suivi a duré de 6 à 21 ans.
Il en va de même pour les chutes. Dans une étude portant sur 597 personnes de 70 ans et plus, 226 personnes ont chuté sur une durée moyenne de 20 mois, soit 38 sur 100 [7]. Chaque 0,1 mètre par seconde de marche plus lente allait de pair avec un taux de chutes supérieur d'environ 7 pour cent [7].
Une mise en garde s'impose. La vitesse de marche décrit des différences entre groupes. Pour une personne seule, elle reste une probabilité. Pour en savoir plus sur la précision de ces tests, voir Évaluer le risque de chute.
5.2 La variation d'un pas à l'autre
On mesure la dispersion de la durée ou de la longueur de vos pas autour de leur propre moyenne. Il vous faut pour cela plusieurs dizaines de pas d'affilée.
Une étude portant sur 52 personnes de 70 ans et plus a comparé cette dispersion aux chutes ultérieures [8]. Environ 40 pour cent des participants ont chuté au moins une fois l'année suivante. Chez eux, la durée du pas variait en moyenne de 106 millisecondes, chez les autres de 49 millisecondes [8].
Ce chiffre a ses limites. Cinquante-deux personnes ont participé, et la dispersion à l'intérieur du groupe des chuteurs était large. Les groupes se distinguent donc en moyenne, et les valeurs des personnes prises isolément se chevauchent fortement.
L'étude plus large portant sur 597 personnes a retrouvé le même lien [7]. La dispersion de la longueur du pas comme celle du temps d'oscillation prédisaient les chutes, et cela en plus de l'âge, des maladies, des médicaments et des tests d'équilibre habituels [7].
5.3 Les capteurs mesurent au quotidien plutôt qu'au laboratoire
Un accéléromètre placé au bas du dos enregistre les mouvements de votre tronc pendant la marche. À partir de ce signal, on peut calculer la vitesse, la longueur du pas, la régularité et des mesures de stabilité.
Une étude a fait porter un tel capteur pendant une semaine à 169 personnes d'un âge moyen de 75 ans [10]. Au cours des six mois suivants, 35 personnes sur 100 ont chuté au moins une fois [10]. La quantité de mouvement comme la qualité de la marche étaient liées aux chutes [10].
Une suite plus large portant sur 319 personnes l'a confirmé [11]. La qualité de prédiction des modèles se situait entre 0,66 et 0,76 [11]. Une valeur de 0,5 correspond au hasard, une valeur de 1,0 à une séparation parfaite. Les modèles se situent donc entre le hasard et la certitude, plus près du hasard que de la certitude.
Un résultat mérite l'attention. Un travail a mesuré les mêmes grandeurs chez 18 personnes âgées, une fois sur tapis roulant et une fois dans la vie quotidienne [12]. Au quotidien, la marche était plus variable, moins régulière et moins stable que sur le tapis roulant [12]. Pour 14 des 32 paramètres, les deux mesures concordaient. La mesure de stabilité figurait précisément parmi celles qui ne concordaient pas [12].
Pour vous, cela signifie : une mesure sur tapis roulant décrit votre marche sur tapis roulant. Votre marche sur le trottoir peut être différente.
6. L'exposant de Lyapunov
L'exposant de Lyapunov est une mesure issue des mathématiques des systèmes en mouvement. Il est appliqué à la marche humaine depuis l'an 2000 [14]. Dans la recherche sur la marche, on l'appelle aussi stabilité dynamique locale ou exposant de divergence.
6.1 L'idée de base : à quelle vitesse croissent les petits écarts ?
Imaginez deux instants de votre marche. Dans ces deux instants, la position de vos articulations et vos vitesses sont presque identiques. Les deux instants sont séparés de plusieurs pas.
Suivez maintenant ces deux instants vers l'avant. Après un demi-pas : à quel point les deux mouvements sont-ils devenus différents ? Après un pas entier : à quel point alors ?
L'exposant de Lyapunov indique à quelle vitesse cette différence croît. Une valeur élevée signifie que les petits écarts grandissent rapidement. Une valeur basse signifie que votre marche rattrape les petits écarts. Une valeur élevée traduit donc une moindre stabilité [1].
Le calcul n'a besoin d'aucune perturbation artificielle. Il utilise les petits écarts présents de toute façon dans chaque marche. C'est ce qui rend cette mesure attrayante pour la recherche. Vous apprenez quelque chose sur la réponse à une poussée sans pousser personne.
Deux valeurs sont calculées séparément [1]. L'exposant à court terme décrit le premier intervalle d'un demi-pas à un pas. L'exposant à long terme décrit quatre à dix pas. La valeur à court terme est la mieux étayée des deux [1].
6.2 Comment la valeur est calculée
Le chemin du signal jusqu'au chiffre comporte quatre étapes.
- Enregistrer. Un capteur sur le tronc ou un système de caméras enregistre plusieurs minutes de marche. On saisit par exemple l'accélération du bas du dos dans trois directions.
- Construire l'espace des états. À partir d'un seul signal, on en crée plusieurs en plaçant le même signal à côté de lui-même avec un décalage dans le temps. Une courbe devient ainsi une trajectoire à plusieurs dimensions.
- Chercher les voisins. Pour chaque point de cette trajectoire, on cherche le point le plus proche appartenant à un autre cycle de pas. Ces deux points sont les deux instants presque identiques.
- Mesurer la divergence. Pour toutes les paires voisines, on mesure la croissance de leur distance au fil des pas suivants. La pente de cette courbe est l'exposant de Lyapunov.
La méthode de calcul courante date de 1993 [13]. Elle a été développée pour des séries de mesures courtes et reste la plus utilisée dans la recherche sur la marche.
La première application à la marche est parue en 2000 [14]. Elle comparait la marche au sol et la marche sur tapis roulant. Et elle comparait des personnes atteintes d'une lésion nerveuse due au diabète à des personnes de comparaison en bonne santé [14]. Un résultat de ce travail vaut encore aujourd'hui : le tapis roulant rend la marche plus stable qu'elle ne l'est au sol [14].
6.3 Ce que la valeur dit du risque de chute
Le travail le plus important à ce sujet a examiné 134 personnes âgées de 50 à 75 ans [15]. Elles marchaient sur un tapis roulant pendant qu'un capteur sur le tronc enregistrait. On leur a ensuite demandé leurs chutes de l'année écoulée.
La variation du pas comme l'exposant de Lyapunov à court terme étaient liés à l'historique des chutes [15]. Les deux ensemble expliquaient davantage que chaque grandeur prise isolément [15].
Ce travail comporte une réserve décisive pour sa portée. Les chutes ont été demandées pour le passé, et la mesure a suivi. Une personne qui a déjà chuté marche peut-être autrement. La question de savoir si la valeur prédit les chutes à venir reste ouverte avec ce type d'étude.
La revue de 2013 a classé l'exposant à court terme parmi les deux méthodes les mieux étayées [1]. Pour l'exposant à long terme, le jugement a été défavorable [1].
La valeur est également testée dans les maladies neurologiques. Une revue de 2026 sur la sclérose en plaques la décrit comme sensible aux changements précoces [22]. Elle retient en même temps que l'usage clinique reste ouvert [22]. Pour en savoir plus sur la maladie, voir Sclérose en plaques.
Il n'existe pas de valeurs de référence. Une revue systématique a évalué 102 travaux [16]. Les valeurs différaient tellement selon le lieu de mesure, la méthode de calcul, le nombre de pas et la vitesse de marche qu'aucun chiffre de comparaison n'a pu être établi [16]. Ce travail a donc réclamé une procédure uniforme avant que la mesure n'entre en pratique [16].
6.4 Où la valeur atteint ses limites
Cinq limites sont bien documentées.
Premièrement, la valeur dépend de la vitesse de marche. Un travail a mesuré 15 personnes en bonne santé à différentes vitesses de tapis roulant [18]. L'exposant à court terme baissait dans le sens de la marche à mesure que la vitesse augmentait [18]. Sur le côté et à la verticale, la relation était courbe [18]. Deux personnes marchant à des vitesses différentes se comparent donc difficilement.
Deuxièmement, la valeur dépend de la durée de la mesure. La même équipe a montré que des séries plus longues donnent des valeurs plus précises [17]. Deux mesures ne peuvent être comparées que si elles portent sur le même nombre de pas [17].
Troisièmement, la valeur réagit fortement au bruit de mesure. Un travail a ajouté du bruit à un modèle de calcul et a observé de grandes erreurs dans l'exposant calculé [19]. Il a conclu qu'au moins 50 cycles de pas sont nécessaires [19].
Quatrièmement, la reproductibilité dépend fortement des réglages. Un travail a fait marcher 15 jeunes gens trois fois sur un tapis roulant et a calculé l'exposant à partir de 18 grandeurs de mouvement différentes [20]. Cinq de ces 18 grandeurs atteignaient une très bonne concordance entre les mesures avec 450 pas [20]. Ces mêmes cinq restaient utilisables avec 60 pas [20]. Pour les 13 autres, ce n'était pas le cas [20].
Cinquièmement, démontrer un changement demande beaucoup de personnes. Un travail a calculé combien de participants une étude doit inclure pour montrer des différences dans les mesures de stabilité et de variabilité [21]. Avec une mesure par personne et par condition, la fourchette allait de 7 à 192 personnes [21]. Le chiffre qui s'applique dépend de la taille de la différence attendue [21].
S'y ajoute le résultat de la section 5.3. La valeur de stabilité mesurée sur tapis roulant et celle mesurée au quotidien n'étaient pas liées chez les mêmes personnes [12].
6.5 Ce que cela signifie pour vous
L'exposant de Lyapunov décrit une propriété réelle de la marche. Il mesure la capacité de votre système nerveux à rattraper les petits écarts à l'intérieur du pas en cours. Cette propriété se laisse difficilement saisir par les tests simples de la pratique.
Pour le traitement d'une personne prise isolément, la valeur reste malgré tout sans utilité aujourd'hui. Trois choses manquent : des valeurs de référence [16], une méthode de calcul uniforme [16] et des études qui prédisent les chutes à venir au lieu de décrire les chutes passées [15].
Si quelqu'un vous propose une mesure de la stabilité de la marche sous la forme d'un chiffre unique, posez trois questions :
- À quoi comparez-vous ma valeur ?
- Combien de pas ont été mesurés, et à quelle vitesse ?
- Qu'est-ce qui change dans mon traitement selon le résultat obtenu ?
Si la troisième question reste sans réponse, la mesure ne change rien à votre traitement. L'entraînement se règle alors sur ce qu'ont mesuré les études d'entraînement : votre force, votre équilibre, votre vitesse de marche et vos chutes.
7. Ce qui améliore la stabilité de la marche
Ici, les données sont nettement meilleures que pour les mesures.
7.1 L'entraînement de la force et de l'équilibre est la base
La revue Cochrane de 2019 a réuni 108 études randomisées avec 23'407 participants [23]. L'âge moyen était de 76 ans, et 77 pour cent étaient des femmes.
Sur 1'000 personnes suivies pendant un an, 480 des groupes de comparaison ont chuté au moins une fois [23]. Dans les groupes d'entraînement, elles étaient 72 de moins, avec un intervalle de confiance de 52 à 91 personnes [23]. La certitude de cette affirmation est élevée [23].
L'effet dépend du type d'entraînement [23] :
- Les exercices d'équilibre et fonctionnels ont réduit le taux de chutes de 24 pour cent. La certitude de cette affirmation est élevée [23].
- Plusieurs types d'entraînement combinés, le plus souvent équilibre et renforcement, ont réduit le taux de chutes de 34 pour cent. La certitude est moyenne [23].
- Le tai-chi a réduit le taux de chutes de 19 pour cent. La certitude est faible [23].
- Le renforcement seul, la danse et les programmes de marche sans part d'équilibre ont donné un tableau incertain [23].
Le renforcement reste malgré tout utile. Le pas qui vous rattrape demande de la force au mollet et à la cuisse. Pour en savoir plus, voir Renforcement musculaire et Faiblesse musculaire liée à l'âge.
7.2 Faire un pas sur signal
Lors d'un trébuchement, des fractions de seconde décident. Qui pose un pas à temps se rattrape.
Une revue a réuni sept études randomisées avec 660 participants [24]. On y exerçait des pas déclenchés par un signal ainsi que des pas rendus nécessaires par une perturbation. Le taux de chutes était inférieur de 52 pour cent dans les groupes d'entraînement par rapport aux groupes de comparaison [24]. La proportion de personnes ayant chuté au moins une fois était inférieure de 49 pour cent [24].
Le temps de réaction, l'appui unipodal et le temps au Timed Up and Go se sont améliorés [24]. La force musculaire est restée inchangée [24]. L'effet passe par la vitesse de la réponse.
Ces chiffres proviennent de sept petites études totalisant 660 personnes. La revue Cochrane couvre 108 études. De grands chiffres issus de peu d'études restent plus incertains que de petits chiffres issus de beaucoup d'études.
7.3 L'entraînement avec perturbations ciblées
Dans l'entraînement avec perturbations, un professionnel vous déséquilibre volontairement. Il tire sur une sangle, pousse latéralement à l'épaule ou place un obstacle sur votre chemin. Sur un tapis roulant, la même chose se fait par des changements soudains de vitesse [26]. Un harnais de sécurité vous retient.
L'idée est simple. Vous exercez exactement le mouvement qui évite une chute [26].
Une revue de 2026 a réuni 25 études randomisées avec 2'659 personnes âgées [25]. Le taux de chutes était inférieur de 23 pour cent à celui des groupes de comparaison, et les chutes avec blessure inférieures de 24 pour cent [25]. Les programmes d'au moins six heures d'exercice atteignaient 33 pour cent [25].
Deux réserves s'y ajoutent. La revue a jugé faible la certitude de cette affirmation [25]. Et l'amélioration se voyait surtout dans le rattrapage de l'équilibre. Sur la marche ordinaire, cet entraînement a eu peu d'effet [25].
Une revue antérieure de 2015 aboutissait à un tableau semblable avec moins d'études [27]. Dans les études, l'entraînement avec perturbations s'ajoute à l'entraînement de la force et de l'équilibre. Comme programme unique, il est très peu étudié.
7.4 Marcher et réfléchir en même temps
La plupart des chutes surviennent au quotidien, et au quotidien vous marchez rarement avec toute votre attention. Vous parlez, vous portez quelque chose ou vous cherchez votre clé.
Dans l'entraînement en double tâche, vous exercez les deux à la fois. Vous marchez et comptez à rebours. Vous marchez et citez des mots commençant par une lettre donnée. Vous marchez et portez un plateau.
Une revue avec méta-analyse a trouvé pour cet entraînement de meilleures valeurs d'équilibre et de mobilité que dans les groupes de comparaison [28]. Pour l'effet sur le nombre de chutes, le résultat était moins net [28].
8. Exercices pour la stabilité de la marche
Les exercices suivants couvrent les éléments de la section 7. Placez-vous près d'un mur ou à côté d'une chaise stable. Gardez la main à portée du dossier.
Appui sur une jambe.
- Tenez-vous sur une jambe. L'autre jambe pend librement.
- Tenez 20 à 30 secondes.
- Changez de côté.
- Faites 3 séries par côté, 5 jours par semaine.
Marche latérale.
- Faites 10 pas de côté vers la droite.
- Faites 10 pas de côté vers la gauche.
- Croisez la jambe arrière une fois devant et une fois derrière.
- Faites 4 séries, 3 à 5 jours par semaine.
Marche avec changement de direction.
- Marchez 5 mètres tout droit.
- Tournez de 180 degrés et revenez.
- Changez le sens de rotation une fois sur deux.
- Faites 10 demi-tours, 3 jours par semaine.
Pas sur signal.
- Posez quatre bandes de papier autour de vous : devant, derrière, à droite, à gauche.
- Demandez à une deuxième personne d'annoncer une direction.
- Posez un pied le plus vite possible sur la bande annoncée, puis revenez.
- Faites 20 pas, 3 jours par semaine.
Marche avec tâche mentale.
- Marchez à votre allure habituelle dans un espace dégagé.
- Comptez à rebours à partir de 100, de trois en trois.
- Marchez 2 minutes.
- Faites 3 séries, 3 jours par semaine.
Deux éléments demandent un accompagnement professionnel. L'entraînement avec perturbations exige un harnais et une personne qui dose la perturbation. Et qui a déjà chuté fait d'abord clarifier les causes.
Un programme complet avec séries et répétitions fixées se trouve dans Prévention des chutes. La façon de mesurer et de modifier votre cadence est décrite dans École de course.
9. Ce que vous pouvez observer vous-même
Vous n'avez besoin d'aucun appareil. Observez cinq points pendant deux semaines.
- Gardez-vous votre allure en parlant ? Qui ralentit ou s'arrête pendant une conversation répartit son attention autrement qu'auparavant.
- Marchez-vous sûrement dans l'obscurité ? Sans la vue, la commande latérale devient plus difficile [2].
- À quelle fréquence votre pied touche-t-il un bord ? Comptez les accrochages sur les bords de tapis et les seuils de porte.
- Évitez-vous certains trajets ? Un trajet évité est un indice, même sans chute.
- Combien de fois êtes-vous tombé l'an dernier ? Cette question figure en premier dans la ligne directrice [9].
Notez les réponses. Lors d'un bilan, elles valent plus qu'un souvenir.
10. Quand consulter
Prenez rendez-vous chez votre médecin si l'un de ces points s'applique :
- Vous êtes tombé au moins une fois l'an dernier [9].
- Vous vous sentez instable à la marche [9].
- Vous évitez des trajets ou des activités à cause de votre instabilité [9].
- Votre marche s'est modifiée en l'espace de quelques semaines.
Rendez-vous immédiatement aux urgences si votre instabilité à la marche commence brutalement. Cela vaut en particulier avec des vertiges, une vision double, une parole mal articulée, un engourdissement ou une faiblesse dans un bras ou une jambe. Un accident vasculaire cérébral peut en être la cause. Pour en savoir plus, voir AVC cérébelleux.
11. Ce qu'il faut retenir
- La stabilité de la marche est la réponse de votre corps aux perturbations [1]. La régularité de vos pas est une autre grandeur.
- Le côté demande une commande active. Les yeux fermés, la variation latérale de la position du pied a augmenté de 53 pour cent, celle dans le sens de la marche de 21 pour cent [2].
- Un transfert de poids incorrect a causé 93 des 227 chutes observées en établissement médico-social, le trébuchement 48 et le glissement 6 [4].
- Dans le trébuchement, c'est la variation de la garde au sol qui compte. Sa moyenne ne différait pas entre personnes âgées et jeunes [5].
- La vitesse de marche est la mesure utilisable la plus simple [6], [7].
- La variation d'un pas à l'autre prédit les chutes. Chez 52 personnes examinées, la durée du pas variait de 106 millisecondes chez celles qui ont chuté ensuite, et de 49 chez les autres [8].
- Les capteurs du quotidien prédisent les chutes avec une précision moyenne. Les modèles atteignaient des valeurs entre 0,66 et 0,76 sur une échelle de 0,5 à 1,0 [11].
- L'exposant de Lyapunov mesure la vitesse à laquelle croissent les petits écarts de la marche [1], [14]. Une valeur élevée traduit une moindre stabilité.
- L'exposant à court terme est lié à l'historique des chutes [15]. La question de savoir s'il prédit les chutes à venir reste ouverte.
- Il n'existe pas de valeurs de référence. Une revue de 102 travaux a trouvé les valeurs si diverses qu'aucun chiffre de comparaison n'a pu être établi [16].
- La valeur dépend de la vitesse, de la durée de mesure, du bruit et des réglages [17], [18], [19], [20].
- L'entraînement réduit les chutes. Sur 1'000 personnes suivies, 480 des groupes de comparaison ont chuté au moins une fois en un an. Dans les groupes d'entraînement, elles étaient 72 de moins [23].
- Les exercices d'équilibre et fonctionnels sont les mieux étayés, seuls ou associés au renforcement [23].
- L'entraînement du pas et l'entraînement avec perturbations complètent le programme [24], [25].
- Votre entraînement se règle sur la force, l'équilibre, la vitesse et les chutes. Un chiffre isolé venu du laboratoire ne le pilote pas aujourd'hui.
Bibliographie
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Transparence
- Auteur : Roger Hilfiker
- Assistance par IA : la recherche bibliographique et le brouillon ont été réalisés avec Claude (Anthropic). Roger Hilfiker a vérifié toutes les affirmations, tous les chiffres et toutes les sources, et a remanié le texte.
- Créé le : 27 août 2026
- Dernière mise à jour : 27 août 2026
- Sources : les 28 travaux de la bibliographie. Tous les DOI ont été vérifiés dans le registre Crossref.
- Comment les sources ont été recherchées : interrogations de la base Europe PMC en août 2026 sur la stabilité de la marche, la stabilité dynamique locale, l'exposant de Lyapunov, la variabilité du pas, la marge de stabilité, la mesure par capteurs au quotidien, les causes de chute, ainsi que l'entraînement de la force, de l'équilibre, du pas, avec perturbations et en double tâche. Là où ce texte indique qu'aucune étude n'existe sur une question, cela se rapporte à cette recherche.
- Liens d'intérêts : notre cabinet propose de la physiothérapie, de la rééducation à la marche et de la prévention des chutes, et en tire un revenu. Ce texte indique un bénéfice démontré pour l'entraînement. Il indique en même temps qu'une mesure de la stabilité de la marche sous la forme d'un chiffre unique reste aujourd'hui sans utilité pour le traitement d'une personne prise isolément.
- Financement : Physiotherapie Tschopp & Hilfiker, 3902 Glis. Ce dossier a été réalisé sur les fonds propres du cabinet.
- Prochaine révision : 27 août 2028. Nous remanions en outre ce dossier en continu dès que de nouveaux articles s'ajoutent. Cela se produit environ tous les deux mois.